Depuis quelques années, de plus en plus de personnes utilisent l’intelligence artificielle (IA) pour parler de leurs émotions, mettre des mots sur une situation difficile ou simplement se sentir écoutées.
1 français sur 5 l’utilise quotidiennement et pour certains, cela devient un journal intime interactif. Pour d’autres, un espace où réfléchir avant de prendre une décision ou d’oser consulter un professionnel.
Cette évolution soulève une question intéressante : l’IA peut-elle réellement apporter un soutien psychologique ?
La réponse est plus nuancée qu’un simple oui ou non.
SOMMAIRE
Les avantages de l’IA
Les limites qu’il est important de connaître
L’IA et la thérapie : des alliées plutôt que des concurrentes
Alors quand est-ce que l’IA est-elle particulièrement pertinente ?
Et quand vaut-il mieux ne pas s’y limiter ?
L’IA car déçu des psys !
En conclusion
Les avantages de l’IA
L’un des premiers avantages de l’IA est sa disponibilité. Elle est accessible à toute heure, sans délai d’attente, et permet d’exprimer ce qui nous traverse au moment où le besoin apparaît.
Pour beaucoup, cela facilite le passage à l’introspection.
Certaines personnes apprécient également l’absence de jugement. Écrire à une IA peut sembler plus simple lorsqu’on n’est pas encore prêt à se confier à un proche ou à une thérapeute. Enfin, l’IA, même si elle est toutefois limitée, propose à ce jour une large variété d’utilisation en accès gratuit.
Dans ce sens, l’IA peut constituer une véritable porte d’entrée vers une meilleure connaissance de soi.
Les limites qu’il est important de connaître :
Ce paragraphe pourrait paraître pro anti-IA pour certains, mais en réalité je suis moi-même thérapeute et préconise parfois son utilisation au cours du suivi thérapeutique auprès des personnes que je suis. Mon discours se veut donc plus éducatif et préventif que contestataire. Pour moi l’IA est une formidable alliée à la thérapie avec une professionnelle, mais cela sera plus amplement expliqué par la suite !
Ainsi, une des limites notoires est notamment :
> Cette disponibilité qui était évoqué dans le paragraphe précédent. En effet, même si cette présence inconditionnelle est rassurante de prime abord, elle peut vite constituer un frein sur le moyen-long terme quant à la pérennisation de notre bien-être. L’un des enjeux majeurs d’une thérapie avec une psy c’est de notamment aider à nous autonomiser sur la gestion de nos problématiques. Là où l’IA est un pôle d’écoute réconfortant et de conseil accessible en permanence, la psy propose (selon les approches et les méthodologies toutefois) en plus de cette écoute, des axes de réflexions et des actions à mettre en place entre les séances. Ce qui permet d’éprouver les pistes d’amélioration de son côté pendant ce laps de temps et de voir comment cela s’articule dans notre quotidien avant de refaire un point la fois suivante. Il y a ainsi un espace entre les séances où l’on peut observer, comprendre, agir en autonomie pour peu à peu apprivoiser notre propre fonctionnement.
Du fait de son accessibilité 7jours/7, 24h/24, il y a donc un réel risque de dépendance psychologique (et même affective pour certaines personnes) non négligeable avec l’IA, . Une dépendance qui risque vraiment de nous éloigner petit à petit de notre propre libre arbitre et de notre esprit critique.
> De plus, aussi performante soit-elle, une intelligence artificielle ne ressent rien.
Elle ne perçoit ni les silences, ni les changements subtils dans la voix, ni le langage corporel. Elle ne connaît pas notre histoire autrement que par ce que nous choisissons de lui raconter.
Elle ne peut pas non plus créer cette relation humaine faite de présence, d’intuition, d’allers-retours et d’ajustements qui caractérise un accompagnement thérapeutique.
> Une autre limite est que ses réponses reposent sur des probabilités et sur les informations qu’elle reçoit. Si le contexte est incomplet ou si certaines difficultés sont plus complexes, ses réponses peuvent manquer de finesse ou passer à côté d’éléments importants. Ce qu’une thérapeute pourra éventuellement plus facilement identifier grâce à notre langage non-verbal notamment.
> Il ne faut pas oublier également que les réponses de l’IA que nous utilisons, sont également paramétrées par une entreprise inscrite dans un certain courant culturel. Cela peut bien entendu être une plus-value, mais aussi ne pas toujours être adapté selon notre propre culture d’origine. Cela induit donc que ses conseils peuvent paraître assez « mainstream », ce qui peut à la longue nous éloigner plus ou moins de notre singularité et de notre culture.
> Il est d’ailleurs important d’accentuer le fait que derrière l’IA il y a effectivement une entreprise. Une entreprise qui a des enjeux économiques et qui utilise le stockage de données notamment pour répondre à ses enjeux. Se pose en parallèle la question de la confidentialité lorsque des données sont stockées. Là où les psys sont tenus au secret professionnel, il est questionnant de savoir ce qu’adviennent nos confidences entre les mains d’OpenAI et autres géants de la database. Avant de se confier sans retenus aux IA, il peut être pertinent de se demander comment le contenu de notre discours va être potentiellement exploité par la suite.
Derrière la psy se trouve une humaine. Une humaine inscrit dans notre culture d’origine, dotée d’un libre arbitre sans enjeux particuliers et avec une approche que l’on a nous-même choisit en amont. À l’instar des IA, la thérapie ne consiste pas uniquement à recevoir des conseils qui vont dans notre sens. C’est une rencontre, une relation de confiance, un espace sécurisé dans lequel il est possible d’explorer son histoire, de comprendre ses mécanismes de fonctionnement, d’accueillir ses émotions, d’être vu et reconnu dans nos problématiques et d’expérimenter progressivement de nouvelles façons d’être avec soi-même et avec les autres et tout cela en toute discrétion.
La thérapeute peut également nous confronter, faire miroir là où on ne s’y attendait pas. La mission du thérapeute est que vous alliez mieux, l’IA rappelons le, cherche à ce que vous restiez sur la plateforme le plus longtemps possible au même titre que les réseaux sociaux d’ailleurs.
> Enfin, dans les situations de grande souffrance psychique, de crise, d’idées suicidaires, de traumatismes sévères ou de troubles psychiatriques, l’IA ne constitue pas une prise en charge adaptée. Dans ces contextes, un accompagnement par un professionnel de santé est indispensable.
L’IA et la thérapie : des alliées plutôt que des concurrentes :
Opposer intelligence artificielle et thérapie n’est donc sans doute pas la bonne approche.
L’IA peut être un formidable outil de réflexion, d’organisation de ses idées ou d’exploration personnelle.
Le thérapeute, lui, apporte ce que la technologie ne peut offrir : une présence authentique dans laquelle on se sent vu et entendu par un semblable, une qualité de relation et de confiance, une compréhension fine de notre vécu, ainsi qu’un accompagnement adapté à notre singularité.
L’IA peut nourrir la refléxion, la thérapie accompagne la transformation.
Ces deux approches peuvent donc être complémentaires..
Alors quand est-ce que l’IA est-elle particulièrement pertinente ?
L’IA peut être un excellent outil lorsque l’on souhaite :
• Approfondir certains concepts de psychologie ;
• Clarifier ses pensées et reformuler ce que l’on ressent lorsque tout cela semble confus ;
• Préparer une séance de thérapie ;
• Poursuivre une réflexion entre deux consultations ;
• Apprendre à mieux communiquer (elle est un formidable outil de reformulation verbale et est particulièrement doué pour s’entraîner à la Communication non-violente !) ;
• Explorer des exercices de développement personnel.
Elle peut aussi aider à franchir le premier pas. Certaines personnes commencent par échanger avec une IA avant de se sentir suffisamment en confiance pour consulter une thérapeute.
Dans ce cas, elle joue un rôle de facilitatrice.
Et quand vaut-il mieux ne pas s’y limiter ?
L’IA atteint rapidement ses limites lorsque les émotions deviennent trop envahissantes ou que les difficultés s’installent durablement.
Si vous avez le sentiment de tourner en rond malgré vos réflexions, si les mêmes schémas reviennent sans cesse, si votre souffrance impacte votre sommeil, votre travail, vos relations ou votre santé, un accompagnement humain peut faire une réelle différence.
Surtout que l’IA a la fâcheuse tendance à aller un peu trop dans notre sens si on ne lui demande pas d’éviter ce biais-là.
L’IA car déçu des psys !
J’entends souvent autour de moi (et également au sein de mon cabinet lorsque les personnes décident de revenir en thérapie après quelques déboires avec d’anciens psys) que celle-ci apporte tout de même une neutralité et une objectivité là où les psys peuvent parfois décevoir par leurs jugements et leurs maladresses.
(À noter toutefois, j’ai désormais des personnes qui viennent aussi consulter en raison des déconvenues qu’elles ont eus avec l’IA !)
Il est vrai que les thérapeutes restent des humains et sont donc parfois limités par leurs propres jugements, leurs propres perceptions et leurs filtres. Voici donc quelques pistes pour trouver une bonne thérapeute :
👉 Sentir que, quelle que soit votre problématique, la professionnelle n’émet et ne montre aucun jugement face à votre situation, même si elle est moralement questionnable.
👉 Voir qu’elle est ouverte à ce que vous cherchiez d’autres pistes en parallèle, soit à travers d’autres formes de thérapie, soit par l’IA justement. Elle ne doit pas être enfermante dans sa propre approche.
👉 Vous donner des pistes et vous poser des questions ouvertes plutôt que de vous donner son avis personnel. Ou alors, si elle trouve que son avis peut être pertinent dans votre cas, il est important qu’elle vous le demande en amont : « Est-ce que vous souhaitez un avis ou une grille d’analyse sur la situation ? »
En somme, une psy n’est clairement pas parfaite dû à son humanité, là où l’IA peut paraître vraiment impartiale. Et en même temps, l’humain est tellement au cœur de ce que l’on vit au quotidien.
Il peut être donc nécessaire de prendre le temps de trouver la personne adéquate lorsque l’on souhaite entamer une thérapie. Ne pas hésiter à essayer différentes approches, méthodes et jauger s’il y a une réelle affinité avec la professionnelle.
Même lorsque l’on est adepte d’une méthode, il se peut que la personne ne nous convienne tout simplement pas et il ne faut pas hésiter une seconde à arrêter le suivi avec celle-ci.
En conclusion :
L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités pour prendre soin de sa santé mentale. Utilisée avec discernement, elle peut favoriser l’introspection, nous entraîner sur des pistes d’amélioration et encourager certaines personnes à demander de l’aide.
Mais lorsqu’il s’agit de traverser des épreuves profondes, de comprendre durablement ses fonctionnements ou d’engager un véritable changement profond, rien ne remplace la qualité d’une relation humaine.
En somme l’IA peut réellement être un accélérateur thérapeutique mais pas une thérapie en soi.
Si vous utilisez déjà l’IA pour réfléchir à ce que vous vivez, vous pouvez aussi considérer cet échange comme un point de départ. Parfois, mettre ses pensées en mots est une première étape. Les explorer avec une thérapeute permet en parallèle d’aller plus loin, à votre rythme, dans un espace d’écoute, de dialogue et de compréhension adapté à votre histoire.
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